Ce que je vous propose de lire, c'est la première lettre de mon roman épistolaire, "Après toi." L'histoire de Lily-Rose,
20 ans -et toutes ses dents, qui apprend à vivre sans Sam, parti sans laisser d'adresse.
Sam,
J'ignore où tu te trouves et même si tu vas bien. Je t'écris des lettres mais je n'ai aucune adresse à laquelle les envoyer. Je ne sais plus à quand remonte la dernière fois où j'ai parlé à quelqu'un, encore moins à quand remonte mon dernier sourire. Depuis que t'es parti, j'erre comme un fantôme qui hante son château, en attendant que la lumière m'emporte. Ce soir encore, je regarde la pluie noyer le sol et ruisseler contre les vitres avec le triste espoir que la douleur finira par disparaître. Je compte même les jours, à la craie sur les murs. Cent trente et un exactement. Dans ma tête, c’est plus loin encore. Ce jour-là, je me souviens qu'il pleuvait aussi, la pluie s’abattait sur le toit, elle tombait sur le sol comme les larmes que je n’arrivais pas à verser. Je voudrais que tu sois là et que tu me prennes dans tes bras, je voudrais que tu sois là et que tu me dises que j’ai compté, assez fort pour que j’y croie...
Avant de claquer la porte tu m’as demandé pourquoi je faisais ça, pourquoi je trouvais toujours le moyen de compliquer les choses... Pourquoi je prenais tout ce que tu faisais comme une preuve que ça n'aurait pas pu finir autrement... Je crois que j’avais bien trop peur que tu m’abandonnes pour te laisser une chance de me rendre heureuse. Les choses étaient compliquées, et j’ai essayé de croire à tout ce que tu disais, je te jure que j'ai essayé mais je n'ai pas réussi... C’est comme ça, j'ai eu peur de revivre la même histoire, encore une fois... J'ai eu peur de me rendre compte que tu avais joué avec moi, comme les autres, alors j'ai attendu de toi que tu me prouves que j’avais tord mais je n’ai pas su te faire confiance... C’est dingue, croire en toi c’était la seule chose qui pouvait me rendre les choses plus faciles pour moi, et je n’y suis pas arrivé. Je t’ai regardé partir et je savais que je ne pouvais pas te retenir même à me jeter sur toi, pour t'empêcher de franchir cette porte et hurler jusqu’à ce que ma gorge saigne...
Je savais que tu serais parti quand même. J'ai le vague sentiment que si nous avions suffisamment tenu l'un à l'autre, tu n'aurais pas fermé la porte parce que j’aurais su comment te retenir mais je t’ai laissé partir. J'abandonnerai un jour, promis, mais je ne suis pas encore prête. Je savais que tu serais parti quand même comme je sais que tu ne reviendras pas mais je voulais m’accrocher à cet espoir que peut-être… il y avait encore une chance pour nous…
Je suis restée un moment assise sur le seuil, la poignée entre mes doigts, à regarder la rue sans vraiment la voir, en attendant de trouver le courage de bouger. Et j'ai attendu longtemps sur le pallier, à bout de force et les yeux incendiés par les larmes que je contenais comme une ombre qu'on essaie d'éclairer pour qu'elle disparaisse. Je ne peux pas dire pourquoi à un moment donné, je me suis levée et je suis rentrée. Pourquoi à ce moment-là, plutôt qu'à un autre, je me suis retrouvée assise sur notre canapé, entre nos coussins. Mais à l'intérieur, au milieu des souvenirs et du vide alentour, un sentiment de solitude oppressant m'envahit. Entre mes sanglots, des hoquets d'impuissance coupaient ma respiration, j'avais du mal à recouvrer mon souffle.
J'ai cherché mille et un moyens de te rattraper mais j'ignore jusqu'où tu te trouves. Je jette mes mots comme une bouteille à la mer avec l'espoir que tu la trouves où que tu sois. Je pense souvent à ce que tu m'as reproché. A ma façon de toujours tout compliquer. Je sais qu'il vaut mieux des remords que des regrets, mais les miens m'empêchent d'avancer.
J'ai beau me débattre avec ton absence et me dire qu'il est temps d'admettre que tu es parti bien avant de claquer cette porte... rien n'y fait. J'ai besoin de croire que c'est toi qui as renoncé et que je n'y pouvais rien. Si tu savais comme j'ai besoin de croire que ta décision était déjà prise avant que tu ne disparaisses. Si tu savais comme j'ai besoin que tu brises les rêves que tu m'as laissés malgré toi...
Je t'aime...toujours
Lily-Rose