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Mercredi 9 avril 2008



En silence

Je veux aimer de silence. Rester là, assise, à respirer la douce odeur des plaines d’une campagne sauvage, le parfum brut et arrogant des constructions urbaines, rester là, à écouter les chants d’oiseaux colorés, la paisible mélodie du vent qui vient chatouiller les brins d’herbes, à écouter le bruit presque assourdissant du béton martelé, mutilé, rester là, à ne rien dire.
Je voudrais aimer de silence, et définir l’amour, comme un oubli de soi, comme un oubli du monde, du capitalisme pervers, de l’impérialisme industriel et du chômage, du pouvoir d’achat et du consumérisme.
Aimer serait un peu comme ne plus éprouver ce besoin quasi-compulsif de combler les silences qu’imposent l’affection et le trouble d’être bien avec l’autre par un bavardage, une verbalisation sourde ou inconsciente de notre impuissance d’hommes.
Je voudrais pouvoir aimer de silence et de suffisance. Me suffire d’un instant d’absence au monde, d’un instant partagé entre deux êtres qui s’oublieraient, qui s'oublieraient ensemble tout simplement.
Mais peut-être que la peur de ce qui sera, du devenir, de ce temps qui joue avec nos envies, nos projets et nos souvenirs, oblige le discours. Parce que d’une certaine façon, connaître l’autre passe par la parole, et qu’apprendre de lui ses avis, ses pensées, et ses goûts, rassure ce besoin qu’on a de maîtriser les évènements et les situations pour penser qu’on vit les choses pleinement.
Seulement du fond de mes doutes, je suis sure d'une chose, c’est que ce n’est pas comme ça que je veux aimer...
Je ne veux pas de cette peur viscérale du bonheur, ou plus exactement de cette peur qu’on a de le perdre, parce que ce que je veux partager va au-delà d’une tentative désespérée de rattraper le temps… Ce que je veux partager, c’est justement une rupture. Une rupture d’avec la condition humaine et de tout ce qui s’y rapporte…
Je considère le bonheur, comme un silence, pris non pas simplement comme une absence de mot mais plutôt comme une volonté de disparaître l’un dans l’autre, l’un avec l’autre, dans le silence.
Un bonheur, l’amour, qui plus qu’un aveu, qu’un geste ou qu’un mot, ne sonne pas comme une lutte perpétuelle contre l’éventuel, le risque, la peur.
J’envisage l’amour comme un silence entre deux êtres, comme deux bras qui se rejoignent, deux lèvres qui déposent à ma joue un baiser, sans autre forme de communion qu’une absence au monde. C’est ainsi, et seulement ainsi que je veux aimer.


La Lys
Par Ly-Lys - Publié dans : Diary
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